Pèle-moi la douleur

Publié le 27 décembre 2025 à 15:20

J'ai décidé de parler de ce projet une dernière fois avec plus de détails sur mon parcours pour ensuite le mettre dernière moi une bonne fois pour toute. Ce sera une façon de dire Adieu à cette performance donc je suis fière, mais qui m'a tout de même laissé quelques répercussions à court terme. (Par chance, c'était à court terme...je crois.) Le sujet ne sera peut-être pas super positif, mais il y a une fin heureuse avec une touche d'espoir. Bonne lecture.

J'ai suivi des cours à l'actor studio à Montréal et pour ceux qui connaisse cette méthode de jeu, elle est intense. L'acteur se glisse dans la peau du personnage à un point qui peut être dangereux quand on s'y glisse intensément et il se trouve que je suis une personne intense. L'expérience fut donc éprouvante.

Je vais vous parler un peu de la façon donc je me suis glissée dans les ténèbres d'un pervers narcissique et comment j'ai eu du mal à m'en rescaper, car oui j'ai failli ne pas m'en sortir intact au niveau mental.

 

J'ai vécu de la violence psychologique dans le passé et je voulais essayer d'en parler, mais je n'arrivais pas à trouver comment le faire et croyez-le ou non, j'ai eu cette idée après avoir mangé une orange! Oui aussi étrange que ça puisse paraître c'est bien comme ça que c'est arrivé. Je n'avais pas la force de voir une actrice subir les atrocités donc je voulais parler. Je n'avais pas envie de voir des images graphiques d'une femme malmenée. Je suis une fan du réalisateur Gaspar Noé, mais jamais je ne pourrais aller dans ce genre de direction. Ma façon de m'exprimer visuellement n'est pas du tout comme la tienne.

 

Bref. Je mangeais une orange. Après l'avoir épluché et ouvert en deux j'ai eu un flash...graphiquement la forme qu'elle peut posséder... et bien...vous savez! Oui disons-le un vagin! Ce fut le déclique! J'avais trouvé la proie qui allait servir de victime au pervers narcissique. Une fois l'idée de base trouvée, les images de violence ont été beaucoup plus facile à visualiser. Je pouvais me laisser aller dans les ténèbres et maltraiter ce fruit sans avoir envie de vomir. Le ''storyboard'' s'est fait automatiquement dans ma tête étape par étape.

 

Écrire c'était facile et le storyboard dans ma tête fut facile à visualiser aussi. L'idée d'incarner moi-même une personne de ce genre après ce que j'avais vécu dans le passé est incompréhensible. Je ne sais pas si c'est une façon brutale de comprendre la psychologie du monstre ou une manière sadique de rejouer mon trauma passé...je ne sais pas. Peut-être un peu des deux. J'ai un côté trash que je ne peux pas cacher. Bref, l'écriture, le storyboard et l'interprétation était claire dans ma tête et je pensais que les choses allaient en rester ainsi, car je dois l'avouer, ma confiance en moi est parfois limitée et je ne savais pas si l'idée était si géniale et créative que ça.

Lors d'un souper de famille, je discutais avec mon neveu qui est étudiant en cinéma et le sujet du cours-métrage est venu sur la table. Je me disais que mon idée de l'orange était peut-être trop saugrenue et pourtant j'ai vu les yeux de mon neveu s'illuminer et j'ai vu dans son visage le potentiel que je ne voyais pas moi-même. Il m'a dit, on le fait! Wow...il y a des années que je n'avais pas joué devant une caméra et jamais un de mes textes n'avait été mis en image. C'était une première!

 

J'ai crée l'apparence du personnage moi-même. Il peut être sujet à bien des interprétations. Complet, chemise, cravate...imaginez-vous qui vous voulez. Pour moi ce costume est simplement un symbole d'autorité que je trouvais suffisamment imposant.

 

J'ai utilisé une table ronde avec une nappe à carreau noire. J'ai écouté un tuto youtube sur comment se maquiller et accentuer les traits masculins. Ma chevelure fut nouée en un chignon et ma frange recouverte de gel. Le maquillage était inspiré des années 20. Au départ j'avais l'idée d'un film en noir et blanc, un peu comme les films expérimentaux Allemand, mais la vision à changé en cours de route, car certaines couleurs telle que le rouge peuvent être très agressives et convenaient à l'idée.

Pour ce tournage, il n'y avait que moi, mon neveu Matthew Courtemanche à la réalisation et Émilie Peltier à la direction photo. Je dois encore leur dire merci, car tout ce qu'il y avait dans ma tête, ils ont su le mettre en image exactement comme je le voulais, c'était trop bien!

 

Pour me préparer à l'incarnation de mon personnage, j'ai écouté exagérément des fais divers incluant énormément de violence et de cruauté. J'ai étudié la psychologie de tous les types de criminels existants. Mon expérience personnelle ne fut pas agréable, mais en comparaison à ce que j'ai vu (sans vouloir minimiser ma peine) c'était peu. Je devais mettre mon empathie pour les victimes de côté et être focus sur l'être abominable que je devais incarner. Durant cette période qui a durée...demandez-moi pas combien de temps...trop. J'étais seule et peu entourée à cette époque ce qui n'a fait qu'accentuer mon hyper-fixation sur le rôle. Je crois qu'une part de moi voulait continuer de souffrir étant donné que mon cerveau n'était pas habitué d'être en paix sur une longue période. J'ai encore un peu cette tendance et je crois que je l'aurai toujours un peu, mais je crois que je le gère mieux. Du moins je le crois. Si je n'avais pas été aussi intense, j'aurais alterné ces visionnements glauques avec des images et des films plus sympathiques, mais je ne l'ai pas fait, je suis restée dans les ténèbres jusqu'au tournage.

 

Parfois durant le tournage, je devais prendre des pauses. Mon cœur palpitait. Je ressentais une rage, une haine de moi-même, de la peur et de la tristesse...oui un pervers narcissique se sent ainsi je suppose, mais en même temps je n'ai pas envie de pleurer ce type de personne que je sois bien claire.

 

J'aime mes vilains dans la fiction, pas la réalité.

Quelques choses dans la psychologie des vilains me fascine, il y a une complexité difficile à décrypter et je ressens l'envie de creuser jusqu'à ce que je comprenne, mais parfois il faut simplement abandonner la recherche avant de se détruire soi-même je peux vous le dire.

 

L'éternel combat entre le bien et le mal m'a toujours captivé dans les films. Que ce soit à travers des personnages écrit de manière plus réaliste ou plus fictive, mais il faut savoir quand c'est inspirant pour la créativité et quand ça ne l'est plus et durant le tournage j'ai pu constater que j'avais franchi ma limite.

 

Parfois j'ai du mal à savoir où est ma limite. Ça explique probablement pourquoi je suis une personne intense. Pas que j'ai envie de tout changer, mais savoir être douce et gentille envers moi-même est une qualité que je dois développer.

 

J'ai réalisé que j'ai souffert durant le tournage également, car je ne pouvais pas faire disparaître mon empathie. Malgré mon attraction pour le chaos, je prône l'amour avant tout et le point positif fut de constater que je ne pouvais jamais effacer cette facette de ma personnalité et ce, même pour incarner un rôle.

 

Je n'ai rien contre un peu de douleur et de domination, mais toujours exercée dans le consentement et les limites de chacun. Dans le cas d'une relation où le partenaire détruit physiquement et psychologiquement l'esprit de la personne qu'il fréquente, il n'y a pas de quoi fantasmer au contraire! Il y a de quoi hurler sa révolte! Le mettre en image dans des films c'est important. Il ne faut pas pas faire semblant que ça n'existe pas et le montrer à travers les arts est une façon de ne pas endormir les gens face à certains sujets aussi difficile que ça peut être à regarder. Je comprends parfaitement les gens pour qui ce genre de contenu est impossible à visualiser. Que ce soit en écoutant des fais réels ou fictifs. La sensibilité est une chose unique à chacun et je respecte ça.

 

Les répercussions après le tournage furent atroce. J'ai développé une attitude d’hypervigilance et je me suis mise en mode survie au niveau mental. J'étais à l’affût de tous les ''redflags'' en voyant de la menace peut-être à des endroits où il n'y en avait pas. Je crois qu'après ma relation, mon cerveau avait déjà cette programmation. Celle d'être à l’affût de la moindre explosion de colère. Cette sensation de marcher sur des œufs constamment. Je crois que cette hypervigilance initiale s'est décuplée après le tournage. Il m'aura fallu 3 mois pour me remettre de ces émotions et même aujourd'hui, apprendre à faire confiance est un immense défi pour moi. J'y travaille.

 

Être seule avec moi-même de peur de me faire blesser n'est pas une protection, mais une condamnation. Je le sais. J'ai besoin d'être en contact avec d'autres humains. Même s'ils ne sont pas nombreux, ils seront là et ils m'apporteront du bien.

 

Le côté positif est que je détecte rapidement les gens toxiques et leur manière de fonctionner. Je ne suis plus aussi naïve que je l'ai été. Je les observe, je les analyse en restant détachée et ensuite je continue mon chemin. Je ne m'éternise pas. 

 

Aussi étrange que ça puisse paraître, je ne regrette pas cette intensité. Si le processus fut ainsi, c'est qu'il devait être ainsi et je devais apprendre des leçons à travers tout ça, même si les leçons furent apprises à la dure!

 

Le but était juste de faire une vidéo, de la publier et de peut-être éveiller une victime d'abus. Sauver juste une personne était mon but premier, mais puisque la vidéo existait, mon neveu m'a suggéré une liste de festivals dans lesquels le proposer ce que j'ai fait et par miracle, la vidéo s'est sélectionnée pour le festival de film de cinéma plan d'ensemble! Je n'en revenais pas. C'est une façon magnifique de faire un doigt donneur à toute cette souffrance et de m'offrir une petite douceur! C'était mon accomplissement de 2025 qui m'a redonné envie d'être créative à nouveau!

 

En 2026, mon objectif est d'être créative, sortir de ma bulle, de rencontrer des bonnes personnes et d'apprendre à faire confiance à nouveau. Pour pouvoir créer et socialiser, je vais devoir mettre de côté plus fréquemment les réseaux sociaux qui peuvent être très toxiques par moment et choisir avec attention ce que je consomme. Ce sera un apprentissage difficile. C'est une addiction comme une autre et il ne faut pas en abuser. Ça aussi j'ai décidé d'y travailler. Après tout, comment aurais-je pu écrire ceci si je passais mon temps à regarder des trucs plus au moins utile en ligne?

 

Ma leçon du jour : Trouver l'équilibre à travers le chaos!

 

Le lien de la vidéo sera en description. Il ne faut pas être trop sensible. Honnêtement, je n'ai plus envie de l'écouter. Pour moi, c'est une page qui est tournée, mais elle peut quand même servir de prévention pour d'autre. 

 

Merci de m'avoir lu.

 

https://www.youtube.com/watch?v=R75vvbMrOO8

 

Voici également un lien pour aider les victimes de violence conjugale.

 

https://sosviolenceconjugale.ca/fr

 

 

 

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